La Révolution d’Octobre dans le contexte de la Russie actuelle

Communication à l’Espace Marx à Bordeaux le 3 décembre 2016

Dédiée au centenaire de la Révolution d’octobre

 

I. Introduction

Notre communication est fondée sur les analyses développées par le mouvement Essence du temps (EOT, comme « Essence of time »), actif en Russie depuis 2012. L’Essence du temps se revendique du Marxisme-léninisme, du parti bolchevik et de l’URSS. Il s’en inspire tout en menant une étude critique profonde de cet héritage, afin d’en tirer des leçons pour l’avenir. Son ambition est d’en opérer une mise à jour, en vue de la création de l’URSS-2.0 qui corrigerait les carences de l’URSS historique tout en conservant ses principes essentiels et ses meilleurs aspects.

II. Les causes principales de la chute de l’URSS

Tout d’abord, il faut souligner le caractère salvateur de la Révolution d’octobre pour la Russie, dans le contexte historique réel de l’époque. La prise du pouvoir par les bolcheviks à été conditionnée par la faillite totale du pouvoir libéral-bourgeois installé après la Révolution de février. Car vers la fin de l’été 1917 plus aucune force politique n’était capable de gérer le pays et d’assumer la responsabilité de son avenir. La Russie était alors menacée d’une simple disparition en tant qu’Etat et en tant qu’acteur historique. Le parti des bolcheviks a, pour ainsi dire, ramassé le pouvoir abandonné à qui veut, sauvant ainsi le pays. Cela leur a demandé un effort humain monumental, compte tenu du fait que l’actif du parti ne comptait à ce moment que quelques dizaines de milliers d’hommes, pour un pays de plus de 160 millions habitants, doté d’un territoire immense.

A cela s’ajoute le rôle historique planétaire de la Révolution d’octobre, qui a déterminé toute l’histoire du XXe siècle en réalisant un projet inédit dans l’histoire de l’Humanité, fondé sur l’idée de la justice sociale, de la fraternité, de l’abolition de l’exploitation et d’aliénation. Des millions de gens sur tous les continents regardaient l’URSS comme un phare, comme une matérialisation de leur espoir en un monde juste, pacifique et prospère.

Comment un pareil accomplissement a-t-il pu voir le jour ? On peut certes, développer une argumentation géopolitique, liée surtout à l’affaiblissement des grandes puissances impérialistes par la Première guerre mondiale. Mais, les recherches historiques d’EOT mettent également en évidence un autre facteur : celui du caractère inédit du parti léninien lui-même, soudé, dévoué, muni d’une solide base théorique, et mû par une passion, par un rêve historique universel.

Sans prendre la mesure de la puissance de ce rêve, il est impossible d’expliquer le redressement du pays arriéré, dévasté par la Première guerre mondiale et par la Guerre civile ; il est impossible de comprendre comment a pu être accompli le sursaut de l’industrialisation et comment a pu être vaincue la plus redoutable machine de guerre de tous les temps – l’Allemagne nazie. L’effort héroïque du peuple soviétique ne peut être compris qu’en tenant compte de la grandeur de l’idée de la justice et de l’avenir lumineux, portée par les bolcheviks – idée, autour de laquelle ils ont réussi de consolider l’énorme majorité de la population.

Cependant, 70 ans après sa naissance, le pays qui a écrasé le fascisme, qui a conquis l’espace, qui a inspiré de nombreux peuples de la planète, s’est anéanti piteusement, sans livrer combat. Pourquoi ? Quels étaient les causes de cette déroute ? Y avait-il des défauts intrinsèques qui ont conduit l’URSS à sa chute ? Si oui, peut-on en tirer des leçons pour un projet d’avenir qui raviverait le rêve ?

Tout en affirmant la grandeur des accomplissements du communisme historique, EOT déclare assumer l’humiliation de sa défaite. Cette défaite ne doit pas être simplement mise sur le dos des autres (Gorbatchev, la cinquième colonne, la CIA, etc.). Elle doit être analysée, comprise et rachetée par un nouvel essor.

Oui, les services spéciaux des pays capitalistes ont fait leur travail. Mais pourquoi les services spéciaux de l’URSS ne l’ont pas fait. Pourquoi le Parti communiste s’est rendu sans résistance ? Pourquoi n’a-t-il pas destitué Gorbatchev au 28e Congrès ? Pourquoi le peuple n’a-t-il opposé une résistance active à la débâcle ? (La résistance passive a eu lieu lors du référendum de 17 mars 1991, avec le vote pour le maintien de l’URSS renouvelée).

Nous nous limiterons ici à quelques thèses issues des analyses développées par EOT.

Contradiction entre le travail et la gestion

Il est vrai que la contradiction principale du capitalisme entre le travail et le capital (appropriation de la plus-value), a été dépassée dans le socialisme soviétique. Cependant, celui-ci n’a pas su surmonter un autre problème lié à la division du travail : la contradiction entre le travail et la gestion. D’après Marx, le prolétariat, dans la lutte pour ses intérêts, devait se transformer d’une classe-en-soi en une classe-pour-soi. C’est-à-dire, il devait se doter de connaissances et de conscience. Celles-ci auraient dû permettre aux travailleurs de l’URSS de comprendre les dangers des agissements de Gorbatchev. Il aurait dû en résulter une grève politique ou autres actions bloquant ces agissements, ce qui, comme on le sait, n’a pas eu lieu.

En effet, malgré le niveau très élevé de l’éducation en URSS, le parti communiste n’a pas réussi (principalement faute de temps et de forces) de créer une base de connaissances qui aurait permis à tous les travailleurs d’avoir les compétences pour participer à la direction du pays, pour identifier les dangers et contrecarrer les manipulations de l’adversaire.

Il faut également reconnaître que le parti a renoncé à sa principale mission d’insuffler la conscience de classe. Il y a renoncé au profit d’une mission de gestion. Ainsi, il a, en fin de compte, trahi les intérêts du prolétariat et la cause du communisme. Initialement, le parti a assumé la gestion dans les années 20, en raison des nécessités vitales liées au redressement du pays, puis à l’industrialisation accélérée, sans laquelle il était impossible de gagner la guerre. Mais dans les années 50, le rôle du parti aurait dû se recentrer sur les développements idéologiques, pour rester dans l’avant-garde des masses et maintenir le feu révolutionnaire. Or, le parti ne voulant pas laisser les problèmes économiques aux spécialistes, s’est implanté dans la gestion (suite aux reformes 1957). En 1958 Khrouchtchev a réuni les fonctions du secrétaire général du parti et du président du Conseil des ministres.

Projet d’intégration européenne

Une partie de la Nomenklatura voulait tout simplement s’enrichir ; mais il existait au sein de l’élite un courant beaucoup plus conséquent, qui aspirait à une fusion avec l’Europe. L’idée en était que la Russie devait « entrer » en Europe, même au prix de la dissolution de l’URSS. Alors, puisque la Russie allait devenir le plus grand pays d’Europe, son élite accéderait à un statut privilégié dans cette nouvelle entité. Ce plan remonte au « parti russe » des années 30 et au secrétaire du comité exécutif de l’Internationale communiste Otto Kuusinen. Le relais a été pris par un disciple et protégé de Kuusinen, Youri Andropov, futur chef du KGB (1967-82) et ensuite Secrétaire Général (1982-84).

Le 5e département du KGB (lutte contre la diversion idéologique), crée par Andropov est notamment devenu une plate-forme de discussions internes, fermées et séparées du corps du parti. Cette structure idéologique s’est finalement constituée en un foyer anticommuniste d’où, en grande partie, émanaient les attaques contre le parti lors de la perestroïka.

Renoncement aux idéaux héroïques

Suite au changement du projet et du but, dans les années 50-60, le parti a renoncé à l’idéal héroïque de l’Homme, de l’Homme qui combat pour des grandes causes historiques, qui relève de grands défis, qui se dépasse et accomplit des exploits. Depuis l’époque de Khrouchtchev, cet idéal a été supplanté par le consumérisme et le « bien-être » matériel, qui, à terme, ne peut que tourner le dos à l’Histoire et au développement, en se repliant sur l’instantané et basculant dans la mollesse et l’irresponsabilité infantile.

Au départ, dans les premières années après la Révolution, la construction du monde nouveau était portée par un formidable esprit d’élévation, par un enthousiasme et une conscience de la grandeur et du caractère salutaire des réalisations. La culture assurait une fonction d’entretien de ce feu (il suffit de citer Petrov-Vodkine, Maïakovski, Gorki, Mukhina). L’idéologie de l’Homme nouveau était développée par Bogdanov, Lounatcharski, l’institution du Proletkoult. Le fond intérieur de tout cela était bien une certaine métaphysique laïque, visant les fondements philosophiques de la vie humaine, son sens et sa finalité.

La survie de la jeune république des Soviets dans l’environnement hostile demandait un effort extrême. Dans cette tension, la métaphysique en question n’a bénéficié quasiment d’aucun soutien.

Pendant la Grande guerre patriotique, le feu était entretenu par la conscience de la grandeur et la justesse de la lutte contre le mal absolu qu’était le fascisme. Mais le « refroidissement » de la société était inéluctable. L’accroissement du niveau de vie après la guerre, l’absence de développements idéologiques, et, plus largement, une certaine incomplétude idéologique du projet soviétique, ont eu pour conséquence l’amollissement du parti entraînant l’amollissement et de toute la société. Le consumérisme soviétique, concrétisé déjà par Khrouchtchev dans la définition du communisme en tant qu’abondance matérielle a atteint son apogée dans les années 70.

III. La situation en Russie aujourd’hui.

1. La « re-soviétisation » et le retournement patriotique.

Depuis la Perestroïka, la Russie a connu plusieurs phases d’évolution (ou plus souvent d’involution) des mentalités. La situation que nous voyons aujourd’hui n’a commencé à se constituer que depuis 2011 environ. Elle a pris ses contours définitifs courant 2014, suite aux événements de l’Ukraine et au rattachement de la Crimée.

Les deux caractéristiques de ce nouvel état d’esprit sont le retournement patriotique et la « re-soviétisation ». La « re-soviétisation » veut dire qu’au moins 70-80% de la population affirment leur attachement à l’URSS. Donc il y a une augmentation spectaculaire du taux des pro-soviétiques par rapport aux années précédentes.

En ce qui concerne l’élément patriotique, on constate une tendance similaire. A ce sujet, il est important de savoir que les années 90 ont porté un coup terrible non seulement à l’idée communiste, mais également à la dignité purement nationale. L’opération idéologique qui accompagnait la Perestroïka consistait, entre autres, en la diffusion à travers tous les canaux imaginables de messages qui dénigraient non seulement le communisme et de l’URSS, mais également la nation, voire l’ethnie même. On martelait ouvertement sur les chaînes officielles, que la Russie est une erreur de l’histoire et que c’est une civilisation bâtarde et honteuse. Que tout les accomplissements ont été obtenus au prix de terribles violences, oppression et victimes invraisemblables. Que le peuple n’est qu’un troupeau de moutons et que l’URSS n’était que le résultat de son égarement et une malformation de l’histoire. Remarquons que les gens qui propageaient tout cela continuent à avoir une influence médiatique en Russie d’aujourd’hui.

Vers le début des années 90, le peuple était ainsi prêt pour subir une opération finale qui visait à lui briser sa colonne vertébrale même : sa dignité et sa conscience historique – éléments indissociables de la culture russe depuis des siècles. En cela, la Russie a encaissé une attaque idéologique d’une violence inouïe.

La sortie de l’état de choc a été lente. Ses premiers signes se sont manifestés suite aux bombardements de la Serbie par les forces d’OTAN en 1999. Puis il y avait Iraq, Libye, enfin Ukraine… Les événements s’accumulaient montrant le vrai visage du capitalisme et des élites occidentales. Il est à noter que la population en Russie était sensible surtout à la faillite totale des valeurs promises et promues par l’Occident : démocratie, liberté, droits de l’Homme, tolérance, etc. Du coup, la désillusion s’est soldée par un puissant appel à la mémoire de l’URSS en tant que valeur en soi. Aussi, cette recherche du sens et des valeurs, représentait une forme de recherche d’identité. L’URSS est devenue un appui palpable de l’identité historique.

Mais où est dans tout cela le communisme à proprement parler ? L’affection pour tout ce qui est soviétique chez la plupart des gens ne dépasse pas le niveau de la nostalgie, somme toute, assez passive. Tandis que les idées communistes ne sont pas à l’ordre du jour. Il est vrai que la régression de la Russie, vertigineuse au cours des années 90, a été freinée depuis l’arrivée au pouvoir de Poutine, mais elle n’a été ni renversée, ni stoppée. Le consumérisme, l’apologie de la société de l’autosatisfaction matérielle, prédominent encore en bloquant chez la population toute remise en cause du système du capitalisme.

2. Le national-poutinisme et ses ennemis

Les élites russes qui se consolident aujourd’hui autour du pouvoir de Poutine forment une force politique qui peut être désignée comme « national-poutinisme ». Les caractéristiques de cette force politique sont déterminées par l’affrontement entre la bourgeoisie nationale et le capital transnational. Le national-poutinisme s’appuie sur le concept de l’Etat-nation souverain et représente une sorte de forteresse de la bourgeoisie nationale contre le néo-impérialisme mondial.

Or, en dehors de ce cadre conflictuel, le national-poutinisme n’a pas de ressources idéologiques, ni humanes. Il n’a pas de projet magistral de l’avenir qui pourrait contrebalancer le projet de la Scientifically controlled society et autres plans d’asservissement généralisé que nous préparent les élites transnationales. Ainsi, tel quel, le national-poutinisme n’a pas le potentiel de résistance suffisant pour affronter à long terme ces élites.

Il est à remarquer que les ennemis du national-poutinisme sont en même temps les plus féroces ennemis du communisme. Il s’agit surtout des libéraux (qui ont été les artisans de la perestroïka) et des nationalistes.

Le fait que les libéraux ont été totalement discrédités aux yeux de la population dans les années 90, ne les a pas empêché pour autant de rester sur la scène politique. Il est vrai qu’aux législatives de septembre 2016, les libéraux ont totalement échoué. Le parti PARNAS de ex-Premier ministre Kassianov (2000-2004) a fait 0,73% ; le parti YABLOKO de Yavlinski 1.99%. Mais, suivant le consensus tacite des classes dirigeantes de la Russie, les libéraux ont gardé de nombreux postes importants dans l’économie, les finances, la banque centrale, les médias et les ministères liés à la politique intérieure.

Quant aux nationalistes, il ne faut surtout pas les sous-estimer sur la scène politique russe. C’est une force réelle, dont les représentants se sont, en plus, alliés avec les libéraux, incapables de prendre le pouvoir autrement que par le biais d’un putsch. Les documents prouvant ce rapprochement ont été divulgués peu avant les élections de 2016. Le but annoncé de l’alliance est le « changement de pouvoir ». Ainsi les groupes paramilitaires nazis devront épauler les protestations initiées par les libéraux (contre, la corruption et autres maux subis par le peuple).

Les deux – les libéraux et les nationalistes – forment un consensus antisoviétique et œuvrent activement à la nouvelle perestroïka rampante qui est dirigée contre la re-soviétisation. Les nationalistes sont liés à l’ancienne émigration blanche collaboratrice, représentée par la fondation Vassili le Grand (liée à son tour à Franklin Templton Investment), fondation Soljenitsyne et autres structures basées ou créées en Occident. Malgré leur rhétorique pseudo-patriotique, le caractère destructif de leurs activités est clairement visible. Leurs spécialités sont toujours la falsification de l’histoire, la justification du fascisme, la remise en cause de l’exploit de la victoire sur Hitler, le soutien aux séparatismes locaux, la haine du peuple (du « plèbes ») et, évidemment, la haine envers toute la période soviétique et le communisme.

Malheureusement, le Parti communiste russe (KPRF) n’oppose aucune résistance sérieuse à ces attaques. C’est d’ailleurs, probablement, une des raisons de son échec dans les dernières élections. Dans un pays où quasiment 80% de la population partagent des valeurs de gauche et sont attachés à l’URSS, le KPRF a fait moins de 15% ! En outre d’avoir adopté une ligne politique molle, les dirigeants du KPRF se sont affichés, plus qu’une fois, aux côtés des libéraux et des nationalistes (notamment lors de la tentative d’un coup d’état de 2012), ce qui a dû également repousser de nombreux électeurs.

IV. L’héritage de la Révolution et l’avenir de l’Humanité.

Est-il encore possible dans cette situation de surmonter le sentiment de déroute ? Est-il possible de définir un objectif positif de grande envergure ? C’est-à-dire, un objectif qui ne se limiterait pas à de simples protestations contre ceci ou cela, mais qui serait lié à des idées fondamentales capables de propulser le processus historique ?

La réponse de EOT est positive. Le pivot de cette réponse est une vision philosophique profondément progressiste de l’Homme et de sa destination. Si l’on analyse les forces politiques d’aujourd’hui du point de vue de leur conception de l’Homme, on se rend à l’évidence que cela représente un critère décisif. On voit notamment qu’aussi bien les néo-libéraux que les fascistes partagent une vision régressive d’après laquelle l’Homme est un être foncièrement méchant, incorrigible, incapable à évoluer et totalement déterminé biologiquement et socialement. Certains autres mouvements y adhèrent également, par exemple, les écologistes politiques chez qui la défense de l’environnement va de pair avec la thèse de la nécessité de la dépopulation. Bien que les différents détenteurs de cette philosophie semblent aujourd’hui s’opposer les uns aux autres, demain ils pourront trouver un accord sans problèmes, comme le font déjà les libéraux et les extrêmes-nationalistes en Russie.

Les forces qui s’appuient sur une vision négative et régressive de l’Homme, quoi qu’elles en disent, ne peuvent à présent servir qu’un seul projet de l’avenir : une société de castes, d’une inégalité irréductible, où la société sera réduite à une masse informe de bêtes abandonnées à leurs instincts primaires, gouvernés par une élite parasitaire qui utilise et manipule ces instincts.

L’idée positive, contraire à celle-là, consiste dans la vision de l’Homme en tant qu’être libre et créateur, concepteur et bâtisseur de son avenir, capable d’évoluer et de s’améliorer aussi bien individuellement que collectivement, c’est-à-dire socialement. Cette vision est non moins ancrée dans la culture européenne que celle dont il était question plus haut. Elle est inhérente à la culture de la Modernité, à la pensée de Descartes, Leibniz, Hegel, Marx, à l’œuvre d’un Schiller ou d’un Beethoven. Et c’est cette vision-là qui animait la Révolution d’octobre, ainsi que la Révolution française ou la Commune de Paris.

Comme l’a écrit Maxime Gorki, « L’homme! C’est magnifique! Cela sonne… fier! L’homme! Il faut respecter l’homme! Ne pas en avoir pitié… ne pas l’abaisser par la pitié… il faut le respecter! »

Depuis que les intellectuels des années 1960 ont remis en cause et dénigré le Progrès en tant que valeur, c’est la régression qui règne à tous les niveaux. Oui, certaines technologies évoluent, mais l’Homme, la société, leur potentiel humain et créateur déclinent en ouvrant le chemin à une société infernale du contrôle technologique et non-liberté totales : une trans-humanité ou post-humanité. De la mise en échec de cette perspective dépendra l’avenir du genre humain, rien en moins.

V. La confrontation du capitalisme financier mondialiste et des bourgeoisies nationales

La dérive du capitalisme financier mondialiste a généré un nouveau conflit majeur vers lequel c’est déplacé la ligne d’affrontement planétaire qui jadis passait entre le capitalisme d’occident et le socialisme soviétique. Actuellement, les camps adverses peuvent être identifiés comme d’un côté le projet facho-mondialiste et de l’autre l’Etat-nation. Le premier est représenté par les élites transnationales, qui ont attaqué le développement en tant que tel, alors que le second par les intérêts des bourgeoisies nationales.

La lutte pour la présidence entre Clinton et Trump en était une des expressions. On peut en trouver d’autres, non moins visibles (l’histoire du Brexit, ou l’attitude de certains pays de l’UE qui se rebiffent). Le natonal-poutinisme est un des acteurs principaux de cet affrontement.

La lutte risque d’être sans merci. Les deux forces sont, bien sûr, de nature capitaliste, mais l’Etat-nation souverain semble être nettement un moindre mal. Les élites mondialistes mettent activement à l’œuvre le projet de post-humanité fondamentalement inégalitaire. Les élites nationales plus conservatrices s’accrochent – sont bien obligés de s’accrocher – à l’héritage de la Modernité. Mais cette dernière, historiquement, contenait en son sein également le projet progressiste de l’Homme et de la société. Force est de constater qu’il est nécessaire aujourd’hui de soutenir ce dernier élément pour éviter que la civilisation sombre définitivement.

VI. Perspectives d’un dépassement

Est-il possible que le conflit majeur actuel soit dépassé pour que le projet de l’Homme et de la société communistes puisse revenir sur la scène historique ? Peut-on concevoir un projet historique « Hyper-Moderne » qui ouvrira une voie d’une véritable émancipation du potentiel créatif humain ?

D’abord, il est indispensable que l’Etat russe actuel, certes très imparfait, tienne jusqu’au moment où des mouvements citoyens comme EOT auront construit des structures capables de pencher pacifiquement la balance du côté de la voie communiste. C’est-à-dire d’exercer une influence suffisante sur l’élite nationale, pour qu’elle change de direction et prenne l’appui sur le peuple et l’intérêt général.

Si à force de l’évolution de la situation, l’Etat ne réussit pas à résister, de tels mouvements devront servir de coussin sur lequel tombera la société. Mais le choc sera très dur à tenir. Pour ces raisons, selon EOT, toute activité qui mine l’Etat en Russie d’aujourd’hui, notamment la préparation d’une nouvelle révolution de couleur ou autre forme du putsch, doit être combattue et neutralisée. Ce n’est pas un scénario improbable déjà à l’horizon 2017-2018.

Mais le plus important est qu’un mouvement politique soit capable d’entraîner de grandes masses, comme l’ont fait les bolcheviks après la Révolution d’octobre. Pour créer et consolider des structures et des ressources humaines aptes à relever un pareil défi, EOT mène une intense activité. A part actions proprement politiques, c’est une lutte pour l’éducation et la culture, la création de structures sociales anti-régressives dont la vocation est de devenir des points de cristallisation d’une nouvelle société, basée sur les valeurs communistes. Le principal exemple en est la commune d’Alexanrdovskoe. Aussi c’est le travail théorique soutenu, la consolidation de l’organisation, basée sur les principes d’initiative, de responsabilité et de camaraderie. Pour EOT, c’est une lutte qui n’est autre qu’une lutte pour l’Homme, ou, on peut dire, pour un nouvel humanisme, qui n’a rien à voir avec « l’humain trop humain », et qui portera haut la qualité de l’Homme en tant qu’être créateur, être libre façonnant son avenir.

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